Mesdames, Messieurs les membres de la CCMA,
Une fois encore, nous nous retrouvons dans un contexte d’instabilité politique préoccupante. Les ministres passent, les discours changent, mais les réformes, elles, restent et leurs effets se font durablement sentir dans les établissements.
Qu’il s’agisse de la réforme du baccalauréat professionnel ou de celle du collège, de la place du lycée général et technologique, ou encore des incessantes modifications des programmes, la communauté éducative ne peut plus suivre le rythme d’annonces ministérielles sans cohérence, sans concertation et souvent sans moyens.
Cette instabilité permanente use les enseignants. Un grand nombre d’entre eux expriment la même lassitude : celle d’un métier qui perd peu à peu son sens, faute de cap clair, de reconnaissance et de confiance. De plus en plus de maîtres s’interrogent sur leur avenir et se demandent s’ils vont continuer ou changer de métier.
Et comme si cela ne suffisait pas, les récentes annonces de suppressions de postes pour la rentrée prochaine viennent ajouter à l’inquiétude générale. Comment assurer nos missions d’enseignement et d’accompagnement des élèves dans ces conditions ? Comment parler de réussite, d’inclusion, ou d’égalité des chances, quand les moyens humains se réduisent année après année ?
Le service public de l’Education Nationale ne peut être durablement fragilisé par des logiques comptables.
À cette fragilisation s’ajoute une autre source d’inquiétude grandissante : la situation des maîtres délégués.
Chaque année, leur nombre augmente, surtout ceux en CDI, signe d’une précarisation devenue structurelle. Ces maîtres délégués assurent pourtant la continuité du service public d’éducation, souvent dans des conditions instables, parfois d’une année sur l’autre, sans perspectives claires d’affectation durable.
Cette situation va tôt ou tard poser un problème majeur de gestion des ressources humaines : comment affecter ces maîtres délégués en CDI sur des postes vacants, si les suppressions continuent et si les ouvertures de postes pérennes se raréfient ?
Va-t-on un jour devoir procéder au licenciement de maîtres délégués en CDI tout en continuant le recrutement de maîtres en CDD?
Nous vous demandons aujourd’hui d’entendre cette réalité du terrain, de stopper les suppressions de postes, d’ouvrir une réflexion sérieuse sur la gestion et la titularisation des maîtres délégués, et de redonner enfin du sens et de la stabilité à l’action éducative.
Nous voulons également aborder aujourd’hui la question de la mise en œuvre du nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle – l EVARS – censé être généralisé cette rentrée à tous les niveaux, de la maternelle à la terminale.
Sur le principe, nous partageons évidemment les ambitions de ce programme : apprendre à nos élèves le respect, prévenir les violences sexistes et sexuelles, lutter contre le harcèlement et les discriminations. Mais dans les faits, les équipes sont livrées à elles-mêmes. Et comme trop souvent, on affiche de grands objectifs sans donner les moyens de les atteindre. Aucune heure fléchée dans les dotations. Aucune rémunération prévue. Aucune formation solide pour préparer les personnels. Et en définitive ce sont encore les enseignants et les équipes de vie scolaire, qui doivent bricoler, sur leur temps, avec les moyens du bord.
On leur demande de se former, de concevoir et d’animer des séances sur des sujets sensibles,sans temps dédié, sans accompagnement.
La CFDT refuse que cette charge supplémentaire repose une fois de plus sur la seule bonne volonté des personnels. D’autant que les besoins de formation sont réels. EVARS mobilise des savoirs très divers – biologie, psychologie, sociologie, philosophie – et exige une posture professionnelle solide face à des thématiques parfois douloureuses, parfois intimes. Les personnels doivent être formés, soutenus, et non exposés sans préparation à des situations complexes.
Nous constatons par ailleurs que certaines associations non agréées interviennent encore dans des collèges et lycées, sans validation académique, parfois avec des discours contraires aux valeurs républicaines. Cette incohérence met à mal la crédibilité du dispositif et la cohérence des politiques publiques. Alors oui, l’école doit être un lieu sûr, inclusif, protecteur. Mais cela suppose de la clarté, de la cohérence et surtout des actes concrets. Nous demandons donc :
→ Des heures fléchées dans les emplois du temps pour l’EVARS ;
→ Une formation en présentiel et de qualité ;
→ Une rémunération juste pour les personnels investis ;
Nous ne contestons pas le principe du programme, bien au contraire. Mais sans heures dédiées, sans formation solide, sans partenaires agréés et sans contrôle de l’application dans tous les établissements, ce programme risque de n’être qu’un affichage politique, sans impact réel sur la vie des élèves.
Nous vous remercions de votre attention et espérons une discussion constructive pour améliorer la situation de l’enseignement dans notre académie
Les élu-es CCMA pour le SEP CFDT 59/62